Atelier d'écriture du 30 Mars 2021
avril 2025
Nos contributions
1
Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays de l'utopie n'y figure pas.
Oscar WILDE
Si Un Lieu Pour Respirer se situe en Utopie, à quoi peut-il ressembler : une grotte sacrée ? une forteresse imprenable ? un jardin extraordinaire ? un vieux manoir niché au fond des bois ? un vaisseau spatial ? une banque ? et que peut-on y faire, à part y boire l'apéro, faire la cuisine, lire, écrire, repeindre les murs, s'initier à, et compter ?
Catherine R.
Et si Un lieu pour respirer était une boîte ? Un contenant pour un contenu.
Une grande boîte en carton un peu vacillante dans laquelle on entre par une petite ou une grande porte – comme Alice…
Et si cette grande boîte gardait la mémoire de tous ceux qui y sont entrés : des artistes audacieux, des sans-papiers réservés, des enfants joyeux, des souris grignoteuses, des curieux intéressés, des voisins et des voisines… des idées, des joies et des défaites, des créations improbables, des soupes fabriquées maison, des photographies en tout genre, des films surprenants, des musiques et des rires…
Et si cette grande boîte, forte de tout cela, souhaitait être à nouveau remplie.
Et si la porte de la grande boîte s’ouvrait sur nos utopies petites et grandes.
D’abord la porte, la petite avec sa lampe orange sur le côté qui fait penser à un salon de massage, un bordel, ouverts lorsqu’elle est allumée, discrète… On peut s’y tromper ! La porte du désir !
Multiples les désirs – il en faut pour tous les goûts !
Pousser une porte, c’est comme lever un rideau, ne pas savoir ce qu’il y aura derrière, une attente, une surprise.
Et si cette grande boîte contenait un théâtre où il faut construire les décors, les renouveler, changer les costumes, discuter sans fin et parler aux nuages de la pluie et du beau temps, raboter les égos, tirer les fils pour que tout fonctionne…
Et si tout au fond du théâtre, la scène s’ouvrait sur une forêt où gambadent des lapins, passent furtivement des chevreuils, chantent des oiseaux…
Et si dans la grande boîte tout n’était que silence ou tout n’était que mots ou tout n’était qu’image ?
Et si dans la grande boîte et en passant par la grande porte qui mène à l’hôtel social et au local à poubelles, on sautait dans un monde magique (comme Mary Poppins) où les enfants font la fête en dansant avec des pingouins et sirotent des laits grenadines, où le bal est ouvert pour danser toute une soirée, où le carton de la boîte se couvrirait de la projection de nos désirs, où secouer la boîte et tout recommencer serait possible sans trop s’engueuler…
Et si dans la grande boîte, on trouvait des billets dont on tapisserait les murs pour se réchauffer
Et si se sourire et se parler suffisaient, cela reste une question ?
Et si dans la grande boîte on ouvrait des fenêtres pour y faire entrer la lumière !
Jérôme S.
Il vous faudra une pierre, un galet adouci par la marée.
C’est un lieu qui n’a jamais existé ailleurs que dans les légendes, il est pourtant présent sur toutes les cartes, car où que vous soyez il est déjà à portée, peut-être y êtes vous déjà, peut-être est-il en point de mire, il suffit, exercice difficile pour ceux en manque d’imagination, de s’en persuader. Mais l’effort a son revers, le lieu n’ayant pas de limite inscrite, impossible dès lors de s’en échapper sans une longue dérive menant parfois vers la folie.
Concrètement, personne ne sait où il est situé.
Le lieu serait en chacun de nous, c’est une théorie avancée par certains, mais faute de preuve, son existence reste controversée et douteuse. Les témoignages sont pourtant nombreux, mais peu s’accordent réellement.
Quand on a la chance d’y entrer, il faut d’abord se baisser et ramper quelques mètres, il est si étroit que vous ne pourrez à peine bouger, pourtant à l’occasion on s’y entasse parfois par milliers.
En y entrant chacun y laisse sa pierre, c’est une obligation tacite, on en ressort avec un autre caillou dans la poche, sans souvenir de l’avoir ramassé ni même remarqué, on le garde comme une chose précieuse qu’une nouvelle fois on abandonnera lors de sa prochaine visite, si par chance, car rien n’est moins sûr, l’occasion se représentait.
Le lieu agit subtilement sur les émotions et les comportements, c’est seulement à ces signes précis de changement intime que l’on peut conclure qu’il nous entoure. Pourtant certains persuadés de bonne fois, d’y habiter n’y sont, en fait, jamais allés. Il faut une certaine expérience pour reconnaître sa présence et prendre le plaisir d’y déambuler, c’est un lieu sans souvenir, ni future. Le temps, la durée, l’espace physique, les distances sont dissous. Il vous faudra marcher mille pas pour parcourir quelques mètres, alors qu’une simple enjambée vous fera franchir les plus hauts de ses reliefs.
Il est rare d’y rencontrer une présence, lorsque la chance ou le hasard vous fera croiser un semblant de regard, peut-être échangerez-vous alors la lourde pierre dans votre poche, celle qui rend pénible chacun de vos pas, contre la sienne toute aussi lourde et tout aussi pénible. Une fois la transaction effectuée, il faudra alors jouer des coudes et bousculer la foule pour retrouver ce que vous croyez être votre chemin, mais qui n’est qu’une potentialité parmi d’autres, puisque vous n’allez nulle part.
C’est cette absence totale de velléité et d’ambition qui maintient le lieu pénétrable et qui fait son extrême fragilité. Car, il suffirait de vouloir qu’il existe pour le faire disparaître à tout jamais des mappemondes et des esprits. C’est un lieu inhabitable, mais au dire de tous, on s’y sent mieux que chez soi.
2
L'apostrophe
L'apostrophe, outre sa fonction grammaticale, est aussi un procédé rhétorique, une figure de style, permettant d'interpeller un destinataire quelconque.
Ecrivez une apostrophe (5 lignes minimum), que vous adressez à qui vous voulez sur ce que vous voulez, et dans le style qui vous plaît.
Exemple :
« Hé toi ! là-bas ! comte ! J'ai deux mots à te dire : tu le kiffes Don Diègue ?! » Etc.
Irina S.
« Eh la ! Halte-la ! Tiens ! Sapristi ! Dis, toi ! Mais ? En garde ! Stop ! Vos papiers ? A vos marques. A l’abordage !
-soupir –
Bon, dites, moi on m’a demandé d’apostropher, alors ça suffit là de passer votre chemin, on se croirait sur une autoroute, bande de malotrus, passants pas polis, moi, je suis là, seule sur mon balcon, à apostropher aux quatre vents, et personne, ici-bas, dans cette rue, pour se laisser apostropher. Je vais finir par m’apostropher toute seule, tiens, l’apostropheuse apostrophée. Ou si j’apostrophais mon chat ?
Eh, toi, minet de malheur, t’as pas bientôt fini de bouffer tes croquettes, t’as pas honte de pioncer toute la journée sous la couette, qu’est-ce que t’en penses ? Gare à toi.
Ah, je me sens mieux, voilà, merci mon petit. »
Catherine R.
Et Toi là !
Que t'arrive-t-il de me suivre ainsi,
de sortir de la grotte dès que j'ai le dos tourné
Retourne d'où tu viens, rejoins les Enfers et laisse-moi remonter vers la lumière
Ne me prends pas par les sentiments dans ton chant éperdu d'amour
Et toi là !
Retourne voir Hadès
et je m'occupe du Cerbère pour qu'il t'empêche à tout jamais de sortir
Ainsi parla Orphée en brisant sa lyre
Jérôme S.
Hep toi, oui toi la bas t’es d’où comme ça je te vois pas bien t’es loin tu dis quoi tu dis des trucs que j’comprends pas qu’est ce que tu veux dire je sais pas je comprends pas tu répètes tu souffles tu positionne t’es pas COVID, t’as pas le droit casse toi loin plus loin oui oui encore plus loin de là pas comme ça oui toi je sais pas si t’es là mais reste un peu approches met ton masque, oui mets ton masque ou casse toi oui toi la-bas tu sais bien casse-toi !
T’es toujours là ?
3
Coupés du monde...
C’est une expérience scientifique inédite ! Le 14 mars, un groupe de 15 volontaires est descendu dans les profondeurs de la grotte de Lombrives, en Ariège, pour y vivre pendant 40 jours, coupé du monde.
Un Lieu Pour Respirer a interrogé, le/la chef/fe de l’expédition, juste avant sa descente dans la grotte.
- Comment va se dérouler cette expédition souterraine ?
- Quels défis devrez-vous relever pendant ces 40 jours ?
- Vous avez décidé de ne pas emporter de montre, pourquoi cela ? Quel est le but de cette mission ?
- Qui sont les participants ? Des scientifiques ?
- Au moment où l'on se parle, vous vous apprêtez à vivre sous terre pendant
- 40 jours… Comment vous sentez-vous ?
Pour consulter l'article original, Voir ici :
https://www.1jour1actu.com/science/ils-vont-vivre-40-jours-tout-au-fond-dune-grotte
Joël B.
1.Comment va se dérouler cette expédition souterraine ?
Nous ferons exactement ce que tout un chacun « fait surt terre » si j'ose dire :
manger, boire, dormir, rêver peut-être... Et qui sait ? Peut-être que des liens plus proches se noueront entre quelques-uns ; l'obscurité est propice à toutes sortes de rapprochements...
2.Quels défis devrez-vous relever pendant ces 40 jours ?
Nous devrons garder notre équilibre émotionnel, ne pas céder à l'angoisse, à la dépression, à l'ennui. Nous efforcer de bien nous entendre, en toutes circonstances, en tout cas nous efforcer de surmonter les crises qui ne manqueront pas de surgir.
Ce sera pour chacun d'entre nous un moment précieux pour faire le point de ses relations avec les autres, et avec soi-même. Entre l'enfer et la sérénité, tout peut arriver finalement.
3.Vous avez décidé de ne pas emporter de montre, pourquoi cela ?
Pour une raison simple. Il s'agit de mesurer avec le plus de précision possible la perte de nos repères temporels, si elle survient, et si elle varie selon les personnes.
4.Quel est le but de cette mission ?
Le but est de tester la résistance d'un groupe humain en cas d'attaque nucléaire qui obligerait le groupe à vivre reclus.
5.Qui sont les participants ? Des scientifiques ?
Les participants ne sont pas des scientifiques, mais des personnes venues d'horizons différents, et qui ne se connaissent pas au départ.
6.Au moment où l'on se parle, vous vous apprêtez à vivre sous terre pendant 40 jours…
Comment vous sentez-vous ?
Je me sens bien, je suis confiant, dans l'ensemble. Je n'ai qu'une crainte, toute relative d'ailleurs : que l'un d'entre nous traverse une crise d'angoisse si violente qu'il doive remonter.
Irina S.
1.Comment va se dérouler cette expédition souterraine ?
Nous allons réaliser une cordée, je serai la première de cordée. Notre objectif, c’est de rester soudés, pleinement liés à cette cordée, tout au long des 14 jours. Aucune séparation possible, nous devrons démontrer un sang-froid à toute épreuve.
2.Quels défis devrez-vous relever pendant ces 40 jours ?
Notre défi, au-delà donc de cette solidarité des corps et des expériences, sera de vivre dans le noir absolu. Nous voulons tester notre capacité à avancer dans l’obscurité, à faire preuve de clairvoyance dans l’incertitude, à progresser dans l’ignorance. Et puis peut-être percevrons-nous à l’extérieur de la caverne des ombres, des formes indistinctes, et il nous appartiendra de leur donner du sens.
3.Vous avez décidé de ne pas emporter de montre, pourquoi cela ?
Pas de montre, non, nous voulons renoncer, pendant 14 jours, à être les maîtres des horloges. Nous allons nous vautrer dans le temps. Laisser libre cours aux minutes, sans calculer, sans rien anticiper, juste vivre, à l’aveugle, dans le moment présent.
4.Quel est le but de cette mission ?
Le but de cette mission ? Il n’y en a pas. La mission est le but. Pardon, on dirait du Jean-Claude Vandamme, mais je suis incapable de répondre à cette question. Nous avançons sans but, nous errons.
5.Qui sont les participants ? Des scientifiques ?
Nous sommes le G40. Les chefs d’Etat des 40 nations les plus riches du monde.
6.Au moment où l'on se parle, vous vous apprêtez à vivre sous terre pendant 40 jours…
Comment vous sentez-vous ?
Comment je me sens ? Résolue. Décidée. Déterminée. Dites, vous n’auriez pas une cigarette ?
Jérôme S.
1.Comment va se dérouler cette expédition souterraine ?
C’est une question que je n’ose pas me poser.
Espérons simplement que ça se passe bien.
2.Quels défis devrez-vous relever pendant ces 40 jours ?
Tout d’abord, il faudra s’habituer à l’environnement, l’obscurité et à la forte humidité présente parait-il dans la grotte, ensuite il faudra vivre confiné avec la quinzaine de participants, et j’imagine anticiper et résoudre les tensions qui ne manqueront pas de poindre.
Nous serons peu ravitaillé, il faudra vivre avec la faim et la soif, et enfin privé de toutes activités possibles, il faudra vivre avec l’ennui. Certains deviendront fous d’autres violents ou dépressifs. Comment savoir ?
3.Vous avez décidé de ne pas emporter de montre, pourquoi cela ?
Le temps n’aura plus d’importance puisque nous perdrons la notion de jour et de nuit. Notre rythme biologique sera totalement détraqué, dans ses conditions, je ne vois pas l'intérêt d’apporter une montre. Et comme nous n’avons le droit qu’à un seul objet personnel, j’ai choisi une bonne bouteille de whisky.
4.Quel est le but de cette mission ?
Je n’en sais rien, je ne connais pas les raisons scientifiques ou autres de cette curieuse expérience, les organisateurs nous ont volontairement laissé dans l’ignorance.
5.Qui sont les participants ? Des scientifiques ?
Je n’en sais rien, puisque je ne connais encore aucun des participants, ni pourquoi ils ont été choisis. Je ne suis pas scientifique. Je suis chomeur de longue durée, c’est Pole emploi qui m’a proposé ce stage. C’est donc uniquement par curiosité et par défi personnel que je me suis engagé dans cette aventure humaine.
6.Au moment où l'on se parle, vous vous apprêtez à vivre sous terre pendant 40 jours…
Comment vous sentez-vous ?
Je ressens une grande excitation mêlée, je dois l’avouer, à une certaine angoisse, car une fois sous terre, impossible de remonter avant les 40 jours. Nous serons privé de tout moyen de communication avec l’extérieur. Si un malheur arrive, nous serions livrés à nous même.